Solenne Ojea‑Devys

Hériter d’une histoire, inventer la suite

Un bureau vide. Un brouillon posé sur une table. Aucun hôtel ouvert, aucun client accueilli, aucune preuve que l’idée fonctionnera.

C’est ainsi que Solenne Ojea‑Devys rejoint son père, Olivier Devys, au début de l’année 2011. Il vient d’imaginer un nouveau concept hôtelier et lui confie une responsabilité essentielle : créer la marque, son identité et sa communication.

Solenne n’entre pas dans une chaîne déjà installée. Elle rejoint une aventure dont presque tout reste à construire.

Trouver sa propre porte d’entrée

L’hôtellerie est pourtant présente depuis longtemps dans sa vie. Enfant, Solenne observe déjà les chambres Suitehotel, concept développé par son père chez Accor, et consigne ses remarques dans un cahier.

Mais elle ne suit pas une école hôtelière. Après une année de césure dans le marketing chez LVMH, elle obtient à l’EDHEC un Master of Science en entrepreneuriat. Elle envisage alors de créer sa propre entreprise si elle ne trouve pas une organisation dans laquelle elle puisse réellement se reconnaître.

Son entrée dans l’hôtellerie se fera donc par ce qu’elle sait déjà faire : comprendre une idée, lui donner une identité et la rendre visible. Le reste, elle l’apprendra en travaillant.

Croire avant de pouvoir prouver

Pendant près de trois ans, Solenne et l’équipe préparent des hôtels que personne ne peut encore visiter.

Le projet veut rompre avec certains codes du quatre-étoiles traditionnel. Les chambres seront plus compactes, mais les espaces communs plus généreux. Le hall deviendra un Club accessible toute la journée, pensé pour travailler, se restaurer, se rencontrer ou simplement se sentir moins seul loin de chez soi.

Aujourd’hui, ce choix paraît familier. À l’époque, il faut convaincre.

Les banques et les investisseurs ne peuvent visiter aucun établissement ni examiner aucun résultat. L’équipe ne possède qu’un concept, un projet et la conviction qu’une autre forme d’hospitalité peut trouver sa place.

Le premier OKKO Hotel ouvre finalement à Nantes en janvier 2014. Deux autres établissements suivent la même année.

En quelques mois, le projet devient visible. Mais le véritable enseignement se trouve dans les années qui précèdent : l’audace ne consiste pas seulement à avoir une idée. Elle consiste à continuer de la construire lorsque personne ne peut encore garantir qu’elle réussira.

Quand les chambres se vident

En 2020, OKKO Hotels exploite onze établissements. Puis la crise sanitaire arrête brutalement les voyages.

Les chambres se vident. Le chiffre d’affaires disparaît, tandis que les loyers et les charges demeurent. Un important incendie impose également la fermeture de l’hôtel de Rueil-Malmaison pendant dix-huit mois.

L’entreprise tient grâce aux aides publiques, au soutien de ses investisseurs, à l’engagement des équipes et à l’accord de propriétaires qui suspendent temporairement certains loyers.

Malgré cette période, le groupe continue d’avancer. Toulon ouvre en 2020, Lille et Nice en 2021. En 2022, Rueil-Malmaison accueille de nouveau ses clients et un nouvel établissement ouvre à La Défense.

Solenne ne transforme pas cette épreuve en récit de victoire personnelle. Elle rappelle au contraire qu’une entreprise se sauve collectivement. Mais cette crise révèle sa capacité à tenir, à décider et à continuer de préparer l’avenir lorsque toutes les certitudes ont disparu.

Onze années pour construire sa légitimité

En 2022, onze années après le bureau vide, Solenne Ojea‑Devys devient directrice générale d’OKKO Hotels.

Porter le nom du fondateur ne lui a pas épargné la nécessité de faire ses preuves. Elle expliquera même avoir ressenti son âge et le fait d’être une femme comme plus pénalisants dans cette industrie que son statut de fille du dirigeant.

Entre son arrivée et sa nomination, elle a contribué à créer la marque, accompagné son développement, travaillé sur le produit, choisi des partenaires et traversé une crise majeure.

Elle ne se contente pas de recevoir une histoire. Elle cherche comment la prolonger sans la reproduire à l’identique, comment respecter ce qui a été construit tout en y inscrivant sa propre vision.

C’est peut-être là que son parcours devient le plus inspirant : elle montre qu’une transmission réussie ne consiste pas à marcher exactement dans les pas de quelqu’un. Elle consiste à trouver le courage d’avancer avec ses propres convictions.

Inscrire ses valeurs dans les décisions

À son arrivée à la direction générale, Solenne consulte les collaborateurs sur l’avenir du groupe. Leurs réponses l’encouragent à rendre les engagements sociaux et environnementaux de l’entreprise plus clairs et plus contraignants.

En 2023, OKKO Hotels devient entreprise à mission. Ses objectifs sont inscrits dans ses statuts et évalués par un organisme indépendant. Les équipes sont formées aux enjeux climatiques. Le groupe travaille sur son bilan carbone, ses achats, le gaspillage alimentaire et le tri des déchets.

L’engagement prend aussi une forme profondément humaine. Avec la Fondation Comyces pour l’Enfance, OKKO Hotels participe au dispositif « Un Hôtel pour mes Parents ». Des chambres sont offertes à des familles afin qu’elles puissent rester près de leur enfant hospitalisé. Plus de 200 nuitées ont été proposées en 2024, avant un objectif de 1 000 nuitées dans les hôtels parisiens en 2025.

Au printemps 2026, le groupe comptait quinze hôtels ouverts, près de 2 000 chambres et plus de 350 collaborateurs.

Ces chiffres montrent le chemin parcouru. Mais ils ne disent pas tout. La véritable empreinte de Solenne se trouve aussi dans la direction qu’elle donne à cette croissance : faire de l’hôtellerie un métier de service attentif aux clients, aux équipes et au monde dans lequel les hôtels s’inscrivent.

Pourquoi j’ai choisi Solenne Ojea‑Devys

J’ai choisi Solenne Ojea‑Devys parce que son parcours apporte une réponse magnifique à une question que beaucoup de jeunes peuvent se poser : que faire de ce que l’on reçoit ?

Elle montre qu’un héritage n’est ni une réussite garantie ni une route que l’on doit suivre sans réfléchir. Il peut devenir un point de départ, à condition d’y apporter son travail, sa vision et son courage.

Son histoire parle aux jeunes qui partent de zéro, comme à ceux qui grandissent près d’une entreprise familiale. Elle leur rappelle qu’ils ont tous le droit d’apprendre, de transformer et d’inventer leur propre place.

Transmettre, ce n’est pas seulement remettre des clés.

C’est donner à la génération suivante l’audace d’ouvrir d’autres portes.

Une personne. Une audace. Des valeurs. Une histoire à transmettre.

Sources

Point de vigilance avant publication : certaines communications de 2026 évoquent seize hôtels, tandis que quinze établissements apparaissent actuellement ouverts. Le portrait retient donc le chiffre vérifiable de quinze hôtels ouverts.

Portrait éditorial réalisé à partir des témoignages et des sources publiques citées.

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