Fousseyni Djikine
Transformer un héritage en avenir
Il existe un goût que Fousseyni Djikine n’a jamais oublié.
Enfant, pendant ses vacances au Mali, il part avec ses cousins acheter du dabléni, le bissap vendu sur les marchés. Sa mère lui interdit d’en boire, inquiète des conditions d’hygiène. Il y va malgré tout, en cachette. Le goût acidulé de l’hibiscus reste gravé dans sa mémoire.
Des années plus tard, ce même bissap devient l’une des boissons emblématiques de BMK. L’hibiscus est acheté directement auprès de producteurs maliens. Il est servi en boisson, en dessert, en glace. Même les fleurs infusées sont récupérées et confites.
Entre le sachet acheté en secret et le produit aujourd’hui valorisé jusqu’au dernier pétale, il y a tout le parcours de Fousseyni : recevoir une histoire, la travailler avec exigence et lui donner un avenir.
La voie rassurante qu’il a choisi de quitter
La restauration fait partie de son enfance. Son père arrive en France autour de 1970 et commence à la plonge dans un restaurant parisien. Pendant près de quarante ans dans la même maison, il apprend la cave, la salle et les responsabilités, jusqu’à devenir gérant. Sa mère, Fatoumata, fait vivre à la maison les recettes maliennes qui nourriront plus tard BMK.
Pourtant, ses parents ne rêvent pas de restauration pour leurs fils. Son père en connaît le prix : les horaires, la fatigue, la pression. Il espère les voir choisir la médecine ou le droit.
Fousseyni suit une voie solide : baccalauréat scientifique, classe préparatoire, Grenoble École de Management, puis une carrière de consultant chez Accenture. À 30 ans, il possède ce que beaucoup chercheraient à préserver : un diplôme reconnu, un emploi confortable et un avenir prévisible.
C’est précisément à ce moment qu’il décide de partir.
Non parce qu’il a échoué, mais parce qu’il veut construire quelque chose qui n’existe pas encore suffisamment : un lieu capable de donner aux cuisines africaines la visibilité, la modernité et la considération qu’elles méritent.
Son choix est courageux, mais il n’est pas irréfléchi. Il rencontre des restaurateurs, sollicite Paris Initiative Entreprise et prépare son projet. Son frère Abdoulaye devient son associé. Leurs parents, d’abord inquiets, finissent par les rejoindre.
Le choix est personnel. L’aventure devient familiale.
Faire découvrir sans jamais trahir
En 2017, les deux frères ouvrent BMK Paris-Bamako, rue de la Fidélité. Une cantine, une épicerie, une cuisine maison et les recettes de leur mère comme fil conducteur.
Ils ne veulent pas transformer cet héritage en décor. Ils souhaitent faire découvrir des cuisines africaines dans toute leur richesse, avec une présentation contemporaine, sans perdre ce qui les rend authentiques.
Le premier BMK trouve rapidement son public. Pourtant, lorsque Fousseyni parle de cette réussite, sa plus grande fierté n’est ni un chiffre ni une récompense. Elle tient dans les mots de clients qui retrouvent chez BMK une cuisine « comme au pays ».
Faire découvrir sans trahir : voilà peut-être sa première grande réussite.
Le restaurant qui l’oblige à recommencer
Le succès ne le protège pas du doute. Lorsqu’un premier avis d’une étoile apparaît, Fousseyni reconnaît l’avoir vécu comme une attaque personnelle. Il passe par la colère, remet même son projet en question, puis accepte de relire la critique.
Ce qui l’avait blessé devient un moyen de progresser.
La véritable épreuve arrive avec le deuxième établissement. BMK Folie-Bamako ouvre le 13 mars 2020. Quelques jours plus tard, la crise sanitaire ferme les salles. Des difficultés administratives, techniques et opérationnelles s’ajoutent à l’incertitude.
Le premier BMK avait rapidement trouvé son équilibre. Le deuxième oblige Fousseyni à apprendre autrement.
Il découvre aussi qu’il ne peut plus être présent partout. « Deux restaurants. Un Fousseyni. Les maths ne fonctionnaient pas », écrira-t-il avec humour. Il doit structurer les responsabilités, s’entourer et faire confiance.
Cette étape révèle sa vraie force. Il ne cherche pas à donner l’image d’un entrepreneur qui maîtrise tout. Il accepte de ne plus être indispensable pour permettre à ses équipes et à son entreprise de grandir.
Grandir sans perdre le sens
Aujourd’hui, BMK réunit deux cantines-épiceries, une activité de traiteur et une épicerie en ligne. En 2021, un livre rassemble une cinquantaine de recettes et fait entrer cette transmission familiale dans d’autres cuisines.
Les restaurants, labellisés Écotable, travaillent directement avec des producteurs africains pour certains produits. Avec BMK Horizon, les frères soutiennent des plantations et le financement de puits. Chaque développement prolonge ainsi l’idée du départ : la cuisine peut faire découvrir une culture, mais aussi créer des liens et soutenir celles et ceux qui produisent.
En avril 2026, Fousseyni et Abdoulaye ouvrent DKR, une adresse de street-food africaine pensée pour raconter leur génération. Ils ne reproduisent pas simplement le premier BMK. Ils osent à nouveau déplacer les lignes.
Le parcours de Fousseyni ne dit pas aux jeunes de tout quitter sur un coup de tête. Il leur montre comment rendre une ambition possible : utiliser les compétences déjà acquises, rechercher celles qui manquent, demander conseil, accepter les critiques et ne jamais considérer une première réussite comme une raison de cesser d’apprendre.
L’excellence ne tombe pas du ciel. Elle se prépare, se travaille et se recommence.
Pourquoi j’ai choisi Fousseyni Djikine
J’ai choisi Fousseyni Djikine parce qu’il aurait pu rester dans une voie déjà réussie. Il a préféré construire celle qui manquait.
Ce qui force mon admiration, c’est la cohérence entre le bissap de son enfance, la cuisine de sa mère, le métier de son père et les décisions qu’il prend aujourd’hui. Il n’a pas seulement ouvert des restaurants. Il a donné une visibilité nouvelle à un héritage, créé des liens avec des producteurs et appris à grandir avec les autres.
Son histoire peut donner à un jeune une confiance essentielle : ce que l’on porte en soi n’est jamais trop petit pour devenir le point de départ d’un projet. À condition de travailler, d’apprendre et d’oser lui donner une forme.
Une personne. Une audace. Des valeurs. Une histoire à transmettre.
Sources
Business of Bouffe — Fousseyni & Abdoulaye Djikine – BMK — 1er juin 2026 — Écouter l’entretien
Tiller – À la carte — Fousseyni Djikine, fondateur de BMK Paris-Bamako — 28 novembre 2018 — Lire et écouter
Fousseyni Djikine – LinkedIn — Notre premier avis 1 étoile — 28 novembre 2025 — Lire la publication
Fousseyni Djikine – LinkedIn — Gérer ou entreprendre — 16 mars 2026 — Lire la publication
BMK Paris-Bamako — Notre impact — Consulter
Écotable — BMK Paris-Bamako — Consulter
Snacking.fr — Avec DKR, les frères Djikine passent les cuisines africaines en mode street-food urbain — 9 mai 2026 — Lire l’article
Portrait éditorial réalisé à partir des témoignages et des sources publiques citées.