Cyril Aouizerate

Ouvrir des portes là où personne ne voulait aller

Avant les hôtels, les architectes et les investisseurs, il y avait une simple porte retirée de ses gonds.

Chaque vendredi, dans le petit appartement toulousain de sa grand-mère, près de cinquante personnes se retrouvaient pour dîner. Lorsque la table devenait trop petite, elle transformait les portes de l’appartement en grandes tablées.

Il n’y avait rien de luxueux. Mais personne ne restait dehors.

Cyril Aouizerate dira plus tard que cette salle à manger fut le plus bel hôtel qu’il ait connu. Tout son parcours semble déjà contenu dans cette image : accueillir, c’est d’abord inventer une place pour l’autre.

Apprendre à faire

Cyril Aouizerate n’entre pas dans l’hôtellerie par la réception. Il y arrive par la philosophie.

Il étudie à Toulouse puis à la Sorbonne et travaille notamment sur la pensée de Spinoza. En 1994, il tente l’enseignement. L’expérience ne lui convient pas. Il la qualifiera de « bel échec ».

Mais cet échec provoque une rencontre décisive.

Dans le Groupe Spinoza, un cycle de cours qu’il anime, il rencontre Alain Taravella, fondateur d’Altarea. Celui-ci lui propose de participer à ses projets immobiliers alors qu’il ne connaît encore rien à ce métier.

Cyril commence par aller à la bibliothèque. Il lit, observe, apprend et participe ensuite à des projets comme Bercy Village.

Il découvre ainsi une chose essentielle : une idée peut être magnifique, mais elle ne change rien tant que personne n’apprend à la construire.

Sept années pour ouvrir Mama Shelter

Au début des années 2000, il veut imaginer une hôtellerie plus accessible, plus vivante et davantage reliée à la ville. Avec Serge Trigano, ses fils et Philippe Starck, il commence à travailler sur Mama Shelter.

Le premier hôtel n’ouvre qu’en 2008, rue de Bagnolet à Paris.

Sept années ont été nécessaires.

À l’époque, peu de personnes croient à un hôtel design installé dans ce quartier. Certains prédisent que le restaurant ne dépassera pas trente couverts. Les fondateurs envisagent même de pouvoir le transformer en chambres si le public ne vient pas.

En 2012, Cyril Aouizerate expliquera que le restaurant accueille alors entre 350 et 400 couverts chaque jour.

Ce chiffre raconte une réussite. Les sept années qui le précèdent racontent quelque chose de plus précieux : la patience, le travail et la force nécessaire pour protéger une idée avant que les autres puissent enfin la voir.

Avoir le courage de quitter une réussite

En 2011, il ouvre à Brooklyn, avec le chef Alain Senderens, un restaurant végétalien nommé MOB, Maimonides of Brooklyn. Le lieu associe cuisine, culture et coopération avec des producteurs biologiques de l’État de New York.

Puis, en 2014, Cyril Aouizerate accomplit un geste rare.

Serge Trigano souhaite faire entrer Accor au capital de Mama Shelter. Cyril ne partage pas cette orientation. Il vend ses parts à Michel Reybier et consacre le produit de cette vente à son propre projet.

Il ne quitte pas une entreprise en difficulté. Il quitte une réussite pour retrouver sa liberté de construire.

Il faut de l’audace pour commencer lorsque personne ne croit en vous. Il en faut peut-être davantage pour recommencer lorsque tout le monde pense que vous êtes arrivé.

Faire de l’hôtel une place de village

En mars 2017, le premier MOB Hotel ouvre à Saint-Ouen, près des Puces, dans un ancien immeuble de General Electric.

Dans les chambres, Cyril retire une partie du superflu. Dans les espaces communs, il ajoute de la vie : grandes tables, terrasses, événements culturels et potagers partagés avec les habitants du quartier.

L’hôtel ne doit plus seulement héberger des voyageurs. Il doit permettre à des personnes qui ne se seraient jamais rencontrées de se parler.

Tout n’est pourtant pas parfait dès l’ouverture. La cuisine entièrement végétalienne déroute une partie des clients. Cyril décide de l’adapter en réintroduisant certains produits, sans abandonner le bio ni sa volonté de faire évoluer les habitudes alimentaires.

Cette correction révèle une autre forme d’intelligence : rester fidèle à une direction sans cesser d’écouter la réalité.

Lyon ouvre six mois après Saint-Ouen. MOB House voit le jour en 2022, puis Cannes en juillet 2024. Le groupe développe parallèlement des actions autour de la restauration biologique, des déchets organiques, de l’énergie, de l’artisanat et de structures comme Casa 93 ou l’École de la deuxième chance.

MOB Republic obtient la certification B Corp en février 2025. En juillet 2026, Cyril Aouizerate est nommé chevalier de la Légion d’honneur au titre de trente-trois années de services.

Ce que les jeunes peuvent retenir

Cyril Aouizerate ne connaissait pas l’immobilier lorsqu’il a accepté son premier poste dans ce secteur. Il n’avait pas suivi de formation hôtelière lorsqu’il a commencé à imaginer des hôtels.

Il a appris. Il a cherché les bonnes personnes. Il a attendu sept ans. Il a corrigé ses erreurs. Et il a quitté une réussite pour construire une voie plus personnelle.

Son parcours rappelle qu’il n’est pas nécessaire de connaître tout le chemin pour commencer. Il suffit parfois d’une rencontre, d’une bibliothèque et du courage d’accepter que l’on a encore beaucoup à apprendre.

Pourquoi j’ai choisi Cyril Aouizerate

J’ai choisi Cyril Aouizerate parce qu’il a réussi à transformer une pensée en bâtiments, des convictions en décisions et un souvenir familial en une autre manière d’accueillir.

Ce qui force mon admiration n’est pas seulement ce qu’il a créé. C’est la manière dont il l’a construit : en entrant dans des métiers qu’il ne connaissait pas, en investissant dans des lieux délaissés, en persévérant lorsque son projet semblait improbable et en acceptant de tout recommencer pour rester fidèle à sa vision.

Son histoire peut donner aux jeunes une confiance immense : on peut commencer sans être prêt, apprendre sans suivre le chemin attendu et, un jour, ouvrir la porte que personne n’avait encore pensé à pousser.

Une personne. Une audace. Des valeurs. Une histoire à transmettre.

Sources

Portrait éditorial réalisé à partir des témoignages et des sources publiques citées.

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