Margot Lecarpentier

Faire d’un détour une signature

En 2014, Margot Lecarpentier revient de New York avec un master de droit, une expérience chez Sony Music et un passage chez Domino Records. Tout semble prêt pour poursuivre dans l’industrie musicale.

À Paris, pourtant, aucune porte ne s’ouvre.

Il faut payer le loyer. Margot accepte un poste de serveuse à l’Experimental Cocktail Club, à une condition : apprendre derrière le comptoir.

Elle ne possède ni diplôme hôtelier ni formation de bartender. Elle accepte de recommencer. Ce travail, choisi d’abord par nécessité, devient le point de départ d’une nouvelle vie professionnelle.

Avant le shaker, le droit et la musique

Margot grandit près de Granville, en Normandie, dans une famille où l’on cuisine. Après une année à Londres comme assistante d’un professeur de français, elle rejoint Paris en 2009 pour préparer un master de juriste et administrateur de structure artistique et culturelle.

Elle rêve de travailler dans la musique et débute chez Pan European Recording. En 2012, l’indemnité reçue après un cambriolage finance son départ pour New York. Elle effectue son stage de fin d’études chez Sony Music, puis poursuit chez Domino Records à Brooklyn.

À New York, elle découvre une scène gastronomique vivante et travaille à temps partiel au Wayland, dans l’East Village. Une autre voie apparaît, non comme un projet déjà écrit, mais comme une curiosité qu’elle décide d’explorer.

Trois ans pour gagner sa liberté

À l’Experimental Cocktail Club, Margot ne cherche pas à aller vite. Pendant trois ans, de 2014 à 2017, elle apprend les produits, les dosages, les gestes et la régularité indispensable au service. Elle dira y avoir acquis, avant tout, la rigueur.

Elle ne s’autoproclame pas mixologue. Elle travaille jusqu’à le devenir.

Avec Elena Schmitt, rencontrée à New York en 2012, elle prépare ensuite son propre bar. Les refus bancaires et les remarques sexistes se succèdent. Un banquier leur demande même si elles ne préféreraient pas ouvrir un salon de thé.

Elles continuent. Leur financement sera finalement accordé par des conseillères bancaires.

Combat : un nom, un lieu, une vision

Combat ouvre en juin 2017, au 63 rue de Belleville. Le nom rappelle l’ancienne appellation du quartier, mais aussi tout ce qu’il a fallu affronter pour arriver jusque-là.

Margot et Elena refusent le bar sombre, secret et intimidant. Combat s’ouvre sur la rue, avec un comptoir de bistrot, une carte compréhensible et des boissons avec ou sans alcool. La précision reste élevée, mais personne ne doit avoir le sentiment de ne pas posséder les codes.

Quelques mois après l’ouverture, Combat reçoit le prix du meilleur bar d’auteur 2018 décerné par Le Fooding.

Margot affirme rapidement son langage : amertume, acidité, vinaigres, herbes fraîches et condiments. Son Impécâpre associe tequila, câpres, gentiane, noix, vermouth blanc et citron. En juillet 2025, Le Monde relevait que son prix de 11 euros n’avait pas augmenté depuis l’ouverture.

Cette décision raconte sa vision : rendre le cocktail accessible ne signifie jamais le rendre moins exigeant.

Transmettre au lieu d’impressionner

Margot défend une mixologie locale, de saison, végane et inclusive, avec une vraie place accordée au sans-alcool. Elle travaille avec peu d’ingrédients afin que chaque saveur reste identifiable.

En 2020, elle lance sur Instagram ses « tutopicole ». Avec autodérision, elle montre les recettes et explique les gestes. Là où certains entretiennent le mystère, elle choisit de partager.

Un savoir-faire peut être très précis sans devenir inaccessible. L’excellence ne perd rien lorsqu’elle se transmet. Elle grandit.

Toutes les aventures ne durent pas

Son parcours n’est pas une succession parfaite de réussites. Margot ouvre Capitale en 2021, puis Petit Combat en 2022. En septembre 2024, ces deux adresses avaient fermé.

Les causes ne sont pas documentées : parler de faillite serait inexact. Combat reste ouvert en 2026 et Margot n’a pas cessé de créer.

Entreprendre, ce n’est pas réussir tout ce que l’on tente. C’est aussi continuer sans laisser une fermeture effacer le chemin déjà construit.

De Belleville à Alain Ducasse

En 2023, Alain Ducasse lui demande, à Combat, de raconter son histoire à travers ses cocktails. Cette rencontre conduit à une première collaboration pour Les Ombres, sur le toit du musée du quai Branly.

En 2024, elle devient officiellement cheffe mixologue du groupe Alain Ducasse. Elle imagine depuis des cartes pour plusieurs maisons, notamment Benoit à New York, Les Ombres, le Dalí au Meurice et Ducasse Baccarat. En mai 2026, elle occupe toujours cette fonction.

Margot échange avec les chefs, construit des accords, rédige les fiches techniques et imagine les processus destinés aux équipes. La bartender devenue entrepreneuse contribue à faire reconnaître le cocktail comme une véritable composante de l’expérience gastronomique.

Elle passe de Belleville aux grandes maisons sans effacer sa singularité : des goûts francs, peu de sucre, beaucoup de précision et la liberté de ne pas imiter les autres.

Pour un jeune, son parcours transmet quelque chose de précieux. Une formation ne décide pas de toute une vie. Un emploi accepté par nécessité peut révéler une voie. Recommencer n’est pas reculer lorsque l’on apprend sérieusement. Et le refus d’un financeur n’est pas un verdict définitif sur une idée.

Pourquoi j’ai choisi Margot Lecarpentier

J’ai choisi Margot Lecarpentier parce qu’elle n’a pas seulement réussi une reconversion. Elle a créé sa propre place, puis elle a contribué à faire évoluer celle du cocktail dans la gastronomie.

Ce qui force mon admiration, c’est sa capacité à réunir l’exigence et la simplicité, le populaire et le prestigieux, la créativité personnelle et la transmission. Elle n’a pas attendu de tout maîtriser pour commencer. Mais une fois engagée, elle a travaillé jusqu’à devenir une référence.

Son histoire ne raconte pas un don tombé du ciel. Elle raconte une curiosité devenue apprentissage, un apprentissage devenu métier, un métier devenu entreprise, puis une vision devenue influence.

Margot Lecarpentier nous rappelle qu’un détour n’est pas toujours une erreur de parcours. Il peut devenir l’endroit précis où l’on découvre enfin sa voie.

Une personne. Une audace. Des valeurs. Une histoire à transmettre.

Sources

  • Goûtues — « Ep 7 - Margot Lecarpentier, bartender et gérante du bar à cocktail Combat à Paris », podcast, 13 février 2021 — Écouter l’épisode

  • Le Nouvel Obs — « Margot Lecarpentier, l’artiste du cocktail », 4 mars 2018 — Lire le portrait

  • BarMag — « Une année au sommet pour Margot Lecarpentier », entretien, 10 août 2024 — Lire l’entretien

  • Les Nouvelles Gastronomiques — « Margot Lecarpentier : le combat d’une mixologue », entretien, 9 septembre 2024 — Lire l’entretien

  • Gault & Millau — « Margot Lecarpentier, la nouvelle mixologue du groupe Alain Ducasse », 15 avril 2024 — Lire l’article

  • Le Monde — « Margot Lecarpentier, cocktail détonnant », 18 juillet 2025 — Lire le portrait

  • Le Dauphiné Libéré — « La mixologue Margot Lecarpentier : “Avec Alain Ducasse, nous nous sommes trouvés” », entretien, 10 mai 2026 — Lire l’entretien

  • Combat Belleville — site officiel, consulté le 1er août 2026 — Consulter le site

Portrait éditorial réalisé à partir des témoignages et des sources publiques citées.

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